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Wilfrid DE CONTI
Temps de lecture: 9 mn environ
Illustration par Fanny Lamouroux

Le made in France et le made in Europe sont fortement plébiscités par les consommateurs, et ce majoritairement car ils participent à l’activité économique locale. Ça peut être pertinent mais lorsqu’il s’agit d’un argument écologique, ça ne l’est pas forcément. C’est le thème de l’épisode 9 de la Note Éco. 

Quels doutes sur l’argument local ?

Il faut faire attention à ce qu’il y a derrière la mention “made in quelque part”. L’origine du produit n’est pas forcément unique. Pour une gourde “made in France” par exemple, il est essentiel de regarder de quoi on parle : la conception, les matières premières, la production. Il faut bien distinguer une simple étiquette bleu-blanc-rouge (qui n’indique rien), d’un marquage “conçu en France” ou encore d’une indication “fabriqué en France”.

Prenons un exemple. Un t-shirt dont le coton est produit, filé, tricoté et teint à l’autre bout du monde peut quand même prétendre être “made in France” si l’assemblage du t-shirt est fait en France.

Acheter moins loin, c’est moins de CO2 ?

Sur un même bien produit à deux endroits différents mais consommé au même endroit, ce qui va changer en termes de GES ce sont les émissions liées au transport (un peu) et à l’énergie utilisée pour la production (beaucoup).

Il faut déjà savoir que dans la majorité des produits alimentaires et manufacturés, le transport ne représente pas grand-chose dans l’empreinte carbone – moins de 5%. Mais surtout, une indication comme “made in Europe” cache de grandes disparités. Entre un produit made in Pays-Bas et un made in Ukraine, les émissions liées au transport sont multipliées par 3.

Qu’en est-il de l’énergie ?

Ce qui compte le plus d’un point de vue climatique, c’est l’énergie utilisée pour produire le bien. Et ce n’est pas la proximité géographique qui détermine si le mix électrique d’un pays est plus ou moins carboné. Un produit fabriqué en France a de bonnes chances d’émettre moins de GES puisque le mix électrique est plutôt bas carbone. Mais entre deux pays proches, les différences sont flagrantes. L’Allemagne a par exemple un mix 17 fois plus carboné que celui de la Suisse. C’est aussi 5 fois plus que celui du Brésil. Il est donc très probable qu’un produit fabriqué au Brésil ait un meilleur impact climat que le même produit fabriqué en Allemagne, à moins qu’il utilise spécifiquement une énergie renouvelable. 

C’est d’autant plus vrai lorsqu’on prend un produit agricole. En période hivernale, il est préférable de prendre une tomate dans un pays chaud plutôt qu’en France sous serre, toujours du point de vue climatique.

https://www.ifop.com/publication/les-francais-et-le-made-in-france-vague-2018/
https://blog.made-nature.com/made-in-france-apres-le-greenwashing-le-frenchwashing/
https://himalayan-made.fr/2020/09/23/le-made-in-france-nest-pas-ecologique/
https://bilans-ges.ademe.fr/fr/basecarbone/donnees-consulter
How bad are bananas ? Mike Berners-Lee, pages 100, 222.

L’auteur :

Wilfrid de Conti
Professionnel de l’engagement et de la brand advocacy

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