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Wilfrid DE CONTI
Temps de lecture: 15 mn environ
Illustration par Fanny Lamouroux

Le dérèglement climatique que nous connaissons actuellement est sans précédent et n’est pas près de s’arrêter. Mais il nous est encore possible de maintenir le réchauffement sous les 2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle en atteignant la neutralité carbone le plus rapidement possible (Consommer Responsable, 2020) [6].

Vous avez sûrement entendu parler de “vols neutres en CO2”. Ou d’entreprises annonçant avoir mis en place des mesures pour atteindre leur neutralité carbone. Plutôt rassurant, non ?

Pas vraiment. Ces allégations sont souvent synonymes de greenwashing, comme nous allons le voir dans cet article.

Mais alors, comment atteindre la neutralité carbone à l’échelle mondiale ? Les projets de compensation ne sont-ils pas une solution pour y parvenir ? 

Vers une neutralité carbone mondiale

Le concept de neutralité carbone est souvent utilisé de manière assez floue (et fausse). 

Définissons la notion de neutralité afin de mieux appréhender le décompte des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de comprendre pourquoi une entreprise ne peut pas se définir comme “neutre en carbone”.

Définition de la neutralité carbone

La neutralité carbone est un équilibre entre les émissions et les séquestrations de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle du globe, qui permettrait de limiter le réchauffement de notre planète.

Toutes les émissions de GES doivent être prises en compte (pas seulement celles de CO2). D’autres gaz comme le méthane participent en effet au dérèglement climatique. Mais il est plus difficile d’en contrôler les flux. Les émissions de méthane sont par exemple plus difficiles à appréhender. Et les mécanismes d’absorption de ce gaz sont encore trop peu connus pour mettre en place des stratégies (Youmatter, 2021) [12]. 

On réduit donc souvent la neutralité carbone à l’équilibre entre les émissions et séquestrations de CO2. Et lorsque tous les GES sont pris en compte, le terme “zéro émissions nettes” remplace le terme de “neutralité carbone”.

Comme le souligne un résumé du dernier rapport du GIEC :

“Pour mettre fin au réchauffement de la planète, il faut au moins atteindre la neutralité pour le CO2 et réduire fortement les émissions des autres gaz à effet de serre.” (Bon Pote, 2021) [4].

Un décompte des émissions problématique

Le bilan carbone d’une organisation varie énormément en fonction des émissions prises en compte dans son calcul, c’est-à-dire des scopes pris en compte. Un scope correspond au périmètre d’étude des émissions de GES d’une entité. Les émissions d’une organisation peuvent appartenir au scope 1, 2 ou 3. 

Le scope 1 correspond aux émissions de gaz à effet de serre de l’entreprise directement liées à la fabrication du produit. Ces émissions peuvent provenir de toutes les sources d’énergie utilisées (carburant, gaz etc.). 

Le scope 2 inclut toutes les émissions liées à l’utilisation d’électricité au sein de l’entreprise. 

On trouve enfin dans le scope 3 toutes les autres émissions (liées à la chaîne de valeur en amont et aval, au déplacement des salariés et des clients, aux achats de bureaux et logiciels, à la restauration…). 

Ces scopes rendent difficile le décompte des émissions de GES des organisations, qui omettent souvent de mentionner le périmètre exact du calcul de leurs émissions.

Une entreprise ne peut pas être “neutre”

Légalement, une entreprise peut se dire “neutre”. Mais il s’agit en fait de greenwashing. En effet, il est très compliqué de quantifier les émissions de CO2 d’une organisation ou même d’un Etat.

L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) a ainsi récemment publié une note [1] sur la non-pertinence de parler de neutralité carbone au niveau d’un produit ou d’une organisation. Rappelez-vous que le concept de neutralité carbone n’a de sens qu’à l’échelle mondiale.

Si malgré tout certaines allégations de neutralité carbone vous semblent dignes de confiance, réfléchissez aux questions que Bon Pote (2020) [3] nous invite à nous poser pour ne pas nous faire avoir :

  • quels sont les gaz concernés ?
  • sur quel périmètre géographique ?
  • sur quels scopes ?
  • comment cet acteur “compense-t-il” ses émissions ?

Ces questions peuvent aussi vous permettre de mieux définir ou comprendre les objectifs de votre entreprise concernant sa participation à l’atteinte de la neutralité carbone planétaire.

Le mythe de la compensation carbone

Maintenant que nous avons débroussaillé le concept de neutralité carbone, abordons le sujet de la compensation carbone.

Le concept est simple : j’émets beaucoup de CO2, mais je finance des projets d’énergies renouvelables et de puits de carbone (réservoirs qui absorbent et séquestrent le carbone atmosphérique). Donc finalement, ça s’équilibre !

Vraiment ?

Beaucoup de projets de compensation sont en fait de fausses bonnes idées. Nous prendrons ici pour exemple la plantation d’arbres. Sans compter que la compensation carbone pose un vrai problème éthique et est également un catalyseur d’inaction. Mais alors, quelles sont les solutions ?

La plantation d’arbres, fausse bonne idée

Admettons que prendre l’avion ne pose pas de problème car la compagnie que vous empruntez “compense” ses émissions en plantant des arbres. Cela revient à dire que les émissions de votre vol seront compensées par une absorption de CO2 équivalente. Sauf qu’il y a un énorme déséquilibre entre l’urgence climatique et la possibilité que, dans un avenir lointain, les arbres plantés absorbent du CO2.

D’autant que cet avenir est très incertain ! Ces arbres ont en effet de fortes chances d’être détruits par des incendies ou des animaux ravageurs avant d’absorber une quantité notable de CO2.

Il existe encore d’autres problèmes. Comme le fait de planter des arbres dans des régions inadaptées. Le magazine Epsiloon [7] souligne notamment que la plantation d’arbres de couleur sombre se révélerait contre-productive dans des régions enneigées. Dans ces régions, les arbres augmentent l’absorption de rayonnement solaire. Ce qui mène à un réchauffement local. Ce serait donc contre-productif.

Selon l’Öko-Institut [10], 85% des projets de compensation par la plantation d’arbres ont une faible probabilité d’assurer les réductions d’émissions promises. Et seuls 2% remplissent les critères requis.

La plantation d’arbres ne devrait donc pas être vue comme l’un des principaux moyens d’atteindre la neutralité mondiale. Et devrait encore moins être utilisée comme argument lorsqu’une organisation se proclame neutre en carbone.

Un problème éthique

En plus de ne pas respecter leurs promesses, la plupart des projets de compensation carbone soulèvent d’importantes questions éthiques. 

Le sujet de l’appropriation des émissions négatives est notamment très problématique. Certains Etats comptent par exemple beaucoup plus de puits de carbone sur leur sol que d’autres, ce qui crée des inégalités (Novethic, 2021) [10]. Youmatter (2021) [12] souligne ainsi qu’un pays comme la Russie aura moins de mal à atteindre la neutralité carbone, car le territoire compte la plus grande surface de forêts du monde.

Des problèmes surviennent aussi à plus petite échelle ! Prenons l’exemple des entreprises qui financent des projets de plantation d’arbres. Il faut garder en tête que les terres sont limitées. Ainsi, lorsqu’une organisation utilise un espace pour un projet de plantation, cela diminue les possibilités de plantation des autres. L’entreprise s’attribue la nature grâce aux moyens financiers qu’elle possède. Or cela constitue un réel problème éthique !

Un catalyseur d’inaction

Investir dans des projets d’énergies renouvelables demande moins d’efforts que de travailler sur ses propres émissions. Mais on ne devient pas neutre en carbone en finançant quelques projets à l’autre bout du monde.

“Faire un chèque, c’est ce qu’il y a de plus simple à faire. Changer de business model, se retirer du pétrole et réduire les vols intérieurs en France, c’est plus compliqué.” (Renaud Bettin, France Culture, 2021) [8]

La compensation permet certes de déculpabiliser. Mais cette déresponsabilisation ne nous incite pas à réduire nos émissions à la source. Elle nous pousse au contraire à l’inaction. Ce qui aura à terme de lourdes conséquences.

Attention ! Si votre entreprise investit dans des projets de création ou de préservation de puits de carbone, cela reste très positif ! Nous soulignons seulement le fait que les investisseurs de tels projets ne doivent pas pour autant se déclarer “neutres en carbone”. Et qu’ils ne doivent pas réduire leurs efforts concernant leurs propres émissions.

Quelles solutions ?

Au lieu de se revendiquer “neutre en carbone”, une entreprise peut mettre en avant ses efforts pour tendre vers une neutralité carbone mondiale en expliquant les actions mises en place. Et en commençant par les actions de réduction des émissions de GES de l’entreprise.

“Il est urgent de tourner la page de la « compensation carbone » et faire vivre une nouvelle aventure vers une « contribution collective à l’atteinte de la neutralité carbone mondiale » !” (Jonathan Guyot, Bon Pote, 2020) [2].

Cette mission collective ne pourra être accomplie qu’avec la participation de chacun !

Vous travaillez dans l’événementiel ou la communication ? La sensibilisation de vos collaborateurs à ces enjeux est un excellent moyen d’agir sur les émissions de votre entreprise et sur sa réputation. Des employés plus engagés seront de meilleurs porteurs de projets. Et communiqueront de façon plus pertinente sur les initiatives de leur entreprise.

La communication par l’objet vous permet de sensibiliser vos clients et collaborateurs efficacement. Il s’agit d’une solution applicable à court terme, extrêmement concrète et économique étant donnés ses résultats. 

Nos conseillers pourront vous aider à choisir l’objet le plus adapté à vos besoins. Ils vous permettront aussi de le personnaliser aux couleurs de votre entreprise.

En plus, Besight calcule l’impact environnemental de tous les objets que vous commandez ! Pour cela, nous utilisons la méthodologie budscore (co-crée avec Veolia France et Crowe-Sustainable Metrics). Cette méthodologie synthétise des critères clés (empreinte carbone, durée de vie, recyclage etc.) en une lettre de A à E.

Vous pouvez ensuite choisir d’apposer la lettre correspondant à votre objet directement sur celui-ci, de l’envoyer par mail à vos collaborateurs ou de l’intégrer à une campagne sur les réseaux sociaux. Libre à vous de l’utiliser à bon escient.

Appelez-vite nos conseillers pour en discuter avec eux !

 

Pour contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone à l’échelle mondiale, la première chose à faire est de réduire nos émissions à la source. Il est possible d’investir dans des projets de réduction d’émissions à plus ou moins long terme, mais cela ne nous permet pas de “réduire” nos émissions. Et nous permet encore moins de nous prétendre “neutres en carbone”.

Les entreprises doivent d’abord mesurer leurs émissions actuelles, puis les réduire en se fixant des objectifs concrets basés sur plusieurs scénarios. Et enfin réussir à tenir leurs stratégies de réduction d’émissions dans le temps. Sans oublier de sensibiliser leurs collaborateurs à ces enjeux !

 

[1] ADEME (2021), « Avis de l’ADEME – la neutralité carbone », https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4524-avis-de-l-ademe-la-neutralite-carbone.html

[2] Bon Pote (2020), « Compensation carbone et Treewashing : Jonathan Guyot », https://bonpote.com/compensation-carbone-et-treewashing-jonathan-guyot/

[3] Bon Pote (2020), « La neutralité carbone : nouveau greenwashing ou réelle avancée ? », https://bonpote.com/la-neutralite-carbone-nouveau-greenwashing-ou-reelle-avancee/

[4] Bon Pote (2021), « Le rapport du GIEC pour les parents et enseignants », https://bonpote.com/le-rapport-du-giec-pour-les-parents-et-enseignants/

[5] Carbone 4 (2020), « Net Zero Initiative – Un référentiel pour une neutralité carbone collective »,  https://www.carbone4.com/publication-referentiel-nzi

[6] Consommer Responsable (2020), « Pourquoi il est urgent de réduire nos émissions de CO2 », https://consommerresponsable.com/pourquoi-il-est-urgent-de-reduire-nos-emissions-de-co2/

[7] Epsiloon n°2 – Août 2021, “Trou noir, enfin à l’intérieur !”

[8] France Culture (2021), « Compensation carbone : l’arbre qui cache la forêt ? »,  https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/compensation-carbone-l-arbre-qui-cache-la-foret

[9] Futura Sciences, « Puits de carbone : où sont-ils et comment fonctionnent-ils ? », https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/rechauffement-climatique-puits-carbone-sont-ils-fonctionnent-ils-1212/

[10] Novethic (2021), « Méfiance vis-à-vis des entreprises et collectivités « neutres en carbone », alerte l’ADEME »,  https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/pourquoi-les-entreprises-et-les-collectivites-ne-doivent-pas-se-declarer-neutres-en-carbone-149772.html

[11] Rzilient (2021), « La compensation carbone : fausse bonne idée », https://blog.rzilient.club/article/la-compensation-carbone-fausse-bonne-idee

[12] Youmatter (2021), « Neutralité carbone : le grand n’importe quoi des allégations climatiques », https://youmatter.world/fr/neutralite-carbone-allegations-climatiques-greenwashing/

 

L’auteur :

Charlotte Kinziger
Chargée de marketing digital

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