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Wilfrid DE CONTI
Temps de lecture: 11 mn environ
Illustration par Fanny Lamouroux

La neutralité carbone a été définie par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) comme un équilibre entre les émissions et les absorptions de CO2 à l’échelle du globe. On peut comparer l’atmosphère à une baignoire, avec les émissions comme le flux entrant et les absorptions comme le flux sortant du bain. L’objectif est d’obtenir cette neutralité avant 2050 pour espérer contenir le réchauffement climatique à +1,5°C – ce qui est déjà dramatique.

Les puits de carbone (océans, forêts, prairies…) permettent de séquestrer les gaz à effet de serre et sont essentiels dans l’établissement de cette neutralité, mais sont en quantité limitée. Le siphon de la baignoire n’est pas assez large. Il est donc nécessaire de réduire drastiquement les émissions mondiales. Et bien entendu, chacun doit faire sa part : individus, entreprises, collectivités, États, etc.

Pour y avoir plus clair, Axel vous dit tout sur la neutralité carbone dans l’épisode 4 de la Note Éco.

Une entreprise qui se dit neutre en carbone, ça veut dire quoi ?

C’est là qu’il faut bien faire attention. Être neutre seulement sur la base du CO2, c’est omettre tous les autres gaz à effet de serre et les autres facteurs d’impacts sur le climat comme les traînées de condensation des avions. Si on ne mesure qu’une partie de l’impact climatique, cela n’a aucun sens. Le terme “zéro émissions nettes” remplace généralement “neutralité carbone” quand l’ensemble des GES est pris en compte.

Il faut aussi regarder le périmètre géographique de l’allégation de neutralité, parce que des petits malins s’amusent à annoncer une neutralité carbone seulement en Europe par exemple. Les gaz à effet de serre n’ont pas de frontières. On ne peut pas se préoccuper du climat seulement sur une partie du territoire.

Enfin, il faut savoir quelles émissions entrent dans le périmètre de l’entreprise. Seulement ses émissions directes c’est-à-dire les émissions liées à l’usage de la voiture, du chauffage au gaz ou au fioul (ce qu’on appelle scope 1) ? Y ajoute-t-on les émissions liées à l’utilisation d’électricité (le scope 2) ? Ou est-ce que l’on prend en compte toutes les émissions indirectes liées à la chaîne de valeur (le scope 3) ?

Évidemment c’est plus simple pour une entreprise d’être neutre sur le scope 1 & 2. Sauf que le scope 3 représente en moyenne 80% des émissions. On peut déjà en conclure qu’une entreprise neutre en carbone, ça ne veut rien dire.

Les entreprises ont-elles le droit de se dire neutres en carbone ?

Légalement, oui. Ça devait pourtant être interdit par la loi climat et résilience de 2021, mais le passage en commission de la loi a modifié ce point. Pourtant, la neutralité carbone au niveau des entreprises n’est que pur greenwashing. L’agence de l’environnement, l’ADEME, a publié une note pour alerter sur la non pertinence de parler de neutralité carbone au niveau d’un produit ou d’une organisation. Cette neutralité n’a de sens qu’au niveau mondial.

Pourquoi ?

Même si on adopte une définition commune, cela ne change pas le problème. Les gaz à effet de serre sont une réalité physique et nous avons une baignoire commune. Le potentiel de séquestration est largement insuffisant pour équilibrer le niveau actuel tendanciel de nos émissions. Une entreprise peut séquestrer autant qu’elle veut, cela n’augmente pas les puits de carbone disponibles sur Terre. Ce n’est qu’un seul des nombreux problèmes liés à la compensation carbone que l’on évoquera dans un prochain épisode.

On fait quoi alors ?

On réduit ses émissions au maximum. C’est la première chose à faire pour une entreprise. À côté de ça, une entreprise peut investir dans des projets de séquestration carbone, mais cela n’a pas de lien avec ses émissions. La neutralité carbone d’une entreprise n’existe donc pas. Surtout que les organisations ne sont pas incitées à réduire leurs émissions à la source, puisque l’évolution dans le temps n’est pas visible si on est déjà neutre en carbone. De plus, il y a un gros risque de déresponsabiliser la consommation. Malheureusement, la physique ce n’est pas Dieu, elle ne va pas absoudre vos péchés de consommation.

Rendez-vous au prochain épisode pour parler d’un sujet connexe : la compensation carbone, avec notamment les projets de plantation d’arbres !

Voici quelques liens pour aller plus loin : 

https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/pourquoi-les-entreprises-et-les-collectivites-ne-doivent-pas-se-declarer-neutres-en-carbone-149772.html
https://bonpote.com/la-neutralite-carbone-nouveau-greenwashing-ou-reelle-avancee/
https://www.carbone4.com/publication-referentiel-nzi
https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4524-avis-de-l-ademe-la-neutralite-carbone.html
https://youmatter.world/fr/neutralite-carbone-allegations-climatiques-greenwashing/
https://www.carbone4.com/trainees-de-condensation-impact-climat
https://www.carbone4.com/allegations-neutralite-loiclimat

L’auteur :

Wilfrid de Conti
Professionnel de l’engagement et de la brand advocacy

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